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 Projet cent-13: Texte

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karmather
Louveteau
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Localisation : Au coeur d'un abîme de perplexité
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MessageSujet: Projet cent-13: Texte   Lun 22 Oct - 16:44

Voici donc le premier chapitre de ce qui je l'espère sera une bonne petite aventure. Pour toute suggestion ou remarque relative à l'écriture je vous renvoie au topic approprié. Un autre concernant les pistes du texte et les choix que je vous proposerai va s'ajouter à tout ça. Bonne lecture à vous et soyez nombreux à réagir, en bien ou en mal l'essentiel est que ça ne laisse personne indifférent!
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karmather
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MessageSujet: Re: Projet cent-13: Texte   Lun 22 Oct - 16:47

Chapitre 1


Les augures ont rarement tort. Qui plus est lorsqu'ils bénéficient de l'appui des étoiles. L'enfant naîtra dans l'ombre, et apportera le désarroi à son entourage. Une ère nouvelle et incertaine s'annonce, et l'opulence n'y aura plus de place. Du moins pas pour tout le monde…

Luneroth vivait son quart d'heure d'obscurité journalier. L'activité ralentissait à cette période de la journée, et la cité se laissait envahir par la torpeur, bien que celle-ci ne soit qu'apparente. Les rues ne grouillaient pas de monde, et pour cause: le monde en question avait rendez-vous avec sa destinée.
La nouvelle de la future naissance s'était répandue comme une traînée de poudre, mais ne surprenait personne. En effet, bien que la femme de l'Inspirateur se soit fait discrète depuis quelques mois, quelques badauds avaient eu l'occasion de l'apercevoir lors d'une de ses rares incursions sur le balcon attenant à sa chambre, malgré de vaines tentatives pour se masquer de la population. Son ventre ne pouvait mentir.
L'événement était de taille, puisqu'il marquait la fin d'une longue attente, que ce soit pour le couple régisseur ou pour ses administrés. La conception d'un enfant peut parfois se révéler ardue, et n'être couronnée de succès qu'après maintes souffrances, ce que nos futurs parents savaient mieux que quiconque.
Quoiqu'il en soit, la ville venait de trouver une occasion de plus pour festoyer, et, fidèle à son habitude, elle n'allait pas y manquer.

Les peuples des contrées voisines enviaient ardemment les habitants de la cité-jidyll - telle était la manière dont on la surnommait - mais celle-ci ne devait sa prospérité qu'à son dirigeant et lui seul. Cependant, pour les envieux, point de salut: les étrangers étaient autorisés à passer les portes de la ville mais invités à les franchir dans l'autre sens très rapidement, à moins de procéder à quelque commerce qui traînerait en longueur. Le commerce constituait d'ailleurs la raison majeure du va-et-vient des voyageurs.
Luneroth vivait donc en quasi-complète autarcie, mais semblait s'en satisfaire pleinement, entretenant l'image d'un lieu idyllique.
Aussi loin que la mémoire collective puisse remonter, nul conflit, nulle crise, quelle qu'elle soit, n'avait secoué l'empire. Mais les gens ont la mémoire courte, surtout quand ils peuvent en tirer profit…
L'Inspirateur s'employait avec une certaine maestria à conserver la paix et l'unité autour de lui. Il n'avait jamais eu à employer la force, il n'en avait pas besoin. Il usait d'une bien meilleure arme, aussi vieille que la civilisation elle-même: la corruption. Comment réunir tous les suffrages et bénéficier d'un soutien sans faille, et ce par-delà les années, sinon en choyant son peuple et en lui offrant ce qu'il désire?
Point de trace de pauvreté à Luneroth; ceux qui la subissaient étaient ceux qui l'avaient choisi. Autant dire que ces intègres gens n'étaient pas légion. D'ailleurs, ceux là n'éprouvaient pas le besoin de se répandre en cris de joie devant le palais en cet instant.
L'effervescence était telle que les quelques gardes postés devant les portes avaient le plus grand mal à contenir la foule. La ville s'était illuminée plus que de raison, et on lui conférait volontiers l'apparence d'un joyau niché dans un écrin de sable. Des torches de toutes les couleurs, artifices nés de l'imagination fertile de vieux artificiers, s'activaient en masse sur la place, contribuant à la féerie ambiante. Tous n'attendaient que le moment d'exulter enfin.

En coulisses, le travail de la souveraine commençait. Celui des sages femmes également. Leur emploi avait dû être défini à la hâte, car pas une ne savait par quel "bout" prendre les opérations. Le mari s'impatientait à mesure que la douleur de sa moitié grandissait. Une des jeunes femmes cria:
<< Je vois la tête! Poussez, Maîtresse, poussez! >> Une chose visiblement plus facile à dire qu'à faire pour la future mère, qui faisait admirer quelques grimaces du plus bel effet à l'assistance. Une des jeunes femmes dévolues à la tâche réprima un fou rire. Le regard noir de l'Inspirateur lui fît vite passer l'envie.
<< Il arrive! Encore un effort, cria une autre voix. >> Ce furent bientôt des cris plus enfantins qui se firent entendre, éclipsant toute autre forme d'activité. Tous les yeux étaient rivés sur le nouveau-né. Son père, dont le visage s'illuminait une seconde plus tôt, se crispa. Sa femme roulait des yeux globuleux, figée à mi-chemin entre la douleur qu'elle quittait et l'étonnement qui l'avait saisi. Le bébé ne pleurait plus, et demeurait le seul être dans la pièce qui remuait de tous ses membres.
De ses six membres pour être précis.

Dehors, l'excitation du peuple s'intensifiait. Un intermédiaire était chargé de faire patienter la foule, armé d'un porte voix qui faisait pâle figure comparé au vacarme qu'il était censé tempérer. Si bien que l'orateur se retira au bout de quelques minutes. Il alla trouver son maître, qu'il interrompît en pleine réflexion.
<< La population ne tient plus, Maître, que dois-je faire pour les occuper?
- Pour quelle raison est-ce que je t'emploie? Pour que tu me fasses chaque jour preuve de ton incapacité à me servir? Non. Alors justifie ton salaire, divertis-les et laisse nous seuls. Veille à ce que nous ne soyons pas dérangés.
- Bien Maître. >> L'orateur ferma la porte derrière lui sans rien ajouter.
L'Inspirateur arborait un air grave qu'il tourna vers son épouse.
<< Tu es consciente qu'on ne peut pas le garder. C'est un vrej-hôt. On doit s'en séparer. Il ne sera jamais accepté si on prend la décision de le conserver à nos côtés. Je suis désolé mon amour. >>
Noyée dans ses propres sanglots, elle avait néanmoins acquiescé. Son mari avait employé le terme du vieux dialecte pour qualifier son fils. Un monstre. C'est ce que tout le monde penserait en le voyant. Il était inconcevable que la succession s'opère dans ces conditions. Pas avec un tel fardeau. Il allait falloir prendre des mesures et les faire accepter.
Leur dernière chance de voir un potentiel fils hériter de la cité venait de s'envoler.

L'annonce fut officielle quelques heures plus tard, et le ciel avait entre-temps retrouvé sa clarté. Il s'apprêtait maintenant à changer de couleur, selon le même rituel immuable. L'héritier était mort-né. La nouvelle avait plongé la ville dans l'émoi, et tout le monde communiait à présent avec le couple malheureux, dans le silence et la douleur.


Il maudissait ce qu'il était en train de faire à sa femme, mais il ne pouvait pas faire autrement. Sa morale le lui interdisait. Tuer son fils, aussi "difforme" qu'il puisse être, lui était impossible. Il avait décidé de laisser la terre faire ce qu'il n'aurait pas le courage de faire lui-même.
Il marchait depuis de longues minutes hors de la ville, accompagné de Makhor, son plus loyal sujet, et aussi le moins bavard. Personne n'avait posé de questions, pas même Brys-Ilâne. Tous savaient qu'un père ou un mari a besoin d'être seul lors d'une telle épreuve. Et elle n'aurait pas supporté d'assister à cela. Raison pour laquelle la décision avait été plus facile à prendre.
Les deux hommes quittèrent la route principale et s'enfoncèrent dans une portion boisée, une des rares que comptait la région. Les arbres épars et dépouillés d'une grande partie de leurs feuilles contribuaient à l'atmosphère de désolation qui baignait l'endroit. La végétation ne dispensait que peu d'ombre sur les marcheurs, qui s'arrêtèrent auprès d'un arbre aux racines noueuses.
<< C'est là. Ne traînons pas. >>
Les racines masquaient une ouverture assez grande pour qu'un homme puisse y évoluer accroupi. L'Inspirateur défit l'étoffe enroulée en bandoulière autour de son torse et posa des yeux emplis de pitié vers la petite tête qui en émergeait.
<< Il vaut mieux qu'elle te croie mort, et que le monde t'oublie. Adieu petit être. >>
Il se glissa dans l'ouverture et y déposa son fils précautionneusement. Ce dernier roulait des yeux ronds comme des soucoupes, des yeux découvrant la substance du monde cruel qui l'accueille. Il ne pleurait toujours pas, mais gigotait toujours autant. Makhor indiqua d'un geste à son maître qu'il était temps de partir. Ce qu'ils firent. Le père ne se retourna pas. Fuir le présent, voilà ce qu'il souhaitait le plus à ce moment.
L'enfant ne demeura pas seul bien longtemps. De petites mains le saisirent bientôt, non sans maladresse. Le garçon, vêtu de loques qui ne couvraient pas grand chose sinon un dos étrangement bosselé, jetait à la ronde des regards inquiets. Peu désireux de rester en place, il raffermît sa prise et disparût dans les fourrés avec sa trouvaille.

La terre aride est sous surveillance. Les astres jumeaux dardent leur œil aveuglant et cuisant sur le désert. La chaleur règne, mais ne semble pas incommoder l'être qui chemine sur le terrain accidenté. Drapé sous une tunique de fortune, il avance d'une démarche assurée, impassible. Ses sens sont en éveil, mais pour l'heure le calme domine. Et pourtant…
La fureur gagne, et la terre peine à contenir son grondement. Une éternité de réclusion ne suffit pas toujours à annihiler toute velléité de retour. Et celui-ci se dessine chaque année un peu plus.
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karmather
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MessageSujet: Re: Projet cent-13: Texte   Lun 28 Jan - 21:20

Chapitre 2





Les rafales de vent s'engouffraient dans le camp, soulevant dans leur sillage d'impressionnants rideaux de sable. Peu de résidents avaient mis le nez dehors, mais les plus courageux s'évertuaient à ne pas s'interrompre dans leur labeur, lequel consistait à réparer les dégâts que la tempête avait déjà occasionné. La solidité des habitations était soumise à rude épreuve depuis quelques jours, et rien ne laissait penser que les éléments se calmeraient de sitôt. Ce qui signifiait qu'il fallait redoubler d'efforts afin que le camp reste debout, et ce jusqu'à ce que le calme reprenne ses droits.
Un petit groupe s'escrimait autour d'une bâtisse, construite de bric et de broc, qui menaçait de s'effondrer. Dans ce combat déséquilibré, le frêle bâtiment avait incontestablement le dessus.
<< Tu me le tiens ce bout de bois, oui ou merde! Avoir deux paires de bras et pas savoir s'en servir, c'est quand même dingue!
- Je voudrais bien t'y voir, toi. T'as deux jambes, libre qui plus est, et tu es même pas fichu de te magner le train pour me rapporter un étai! >>
Les rires que suscitèrent l'échange furent bientôt interrompus. Une violente bourrasque s'abattit et le toit s'affaissa. Entre celui-ci et le sol se trouvait un des deux jeunes hommes, qui luttait à présent de toutes ses forces pour retenir le linteau, et par-là même toute la structure.
<< Tiens bon Karell, surtout lâche pas!
- J'en ai pas l'intention, mais dépêche-toi. >>
Celui qui apportait l'étai le plaça sous le toit, soulageant son compagnon. Tous les hommes se hâtèrent de caler la construction et décidèrent d'un commun accord de se mettre à l'abri. La férocité du vent plongea le camp dans une apathie forcée.
Posté derrière le mur d'enceinte précaire qui ceignait le groupe d'habitations, l'étranger avait assisté à toute la scène. Ses yeux, seule partie visible de son anatomie, se plissèrent. Une ébauche de sourire se dessina derrière la grande écharpe qui lui barrait le visage. Il avait toutes les raisons du monde de se réjouir: la première étape de sa quête prenait fin.


Orn-Irek scrutait l'horizon, perché sur le balcon du palais. Il passait des heures appuyé sur la rambarde, laissant des milliers de questions se bousculer dans son esprit, questions dont aucune ne trouvait de réponses. En contrebas, les rues déversaient un flot ininterrompu de potentiels acheteurs, de commerçants et marchants itinérants. C'était jour de marché, aussi la ville ne trouverait le repos que lorsque chacun trouverait son bonheur.
Le bonheur. Une notion devenue illusoire pour l'homme qui parcourait des yeux l'étendue de sa création. Et la bonne humeur qui régnait en bas avait quelque chose de factice. L'atmosphère entière de la ville semblait feinte. D'une manière générale, sa vie depuis quelques temps sonnait comme un mensonge.
Les années n'effacent pas les pires tragédies, et s'il peut être possible de faire l'impasse sur les moments les plus difficiles, certains éléments du quotidien se chargent de rappeler que tout n'est pas si simple. En l'occurrence, lesdits éléments se résumaient à une chambre vide et au regard méprisant de la femme qui partageait sa vie. Brys-Ilâne ne prononçait en tout et pour tout que trois phrases dans la journée, et les deux tiers d'entre-elles ne lui étaient pas destinées.
Elle n'était pas dupe. Elle savait que son mari lui cachait quelque chose. Aussi elle n'avait plus besoin de prétexte pour en vouloir à la terre entière. On ne ment pas à la personne qui vous connaît le mieux sans que cela se voie.
Le majordome troubla la retraite de son prince et annonça la venue d'un invité inattendu.
<< Faites-le entrer. >> Puis pour lui-même: << Il ne manquait plus que lui. >>


Les jeunes gens s'étaient regroupé à l'intérieur de la plus solide maisonnette, et s'employaient à leur occupation favorite, un jeu de dés aux règles obscures transmis de génération en génération chez les Affligés. L'individu répondant au nom de Karell était passé maître dans l'art de la tricherie et la malice, deux "vices" régissant ce divertissement. A tel point que ses camarades de jeu lui avaient très vite fait comprendre que garder deux de ses bras dans le dos se révèlerait être un luxe fort commode pour l'avenir de ce jeu. Pour l'heure, il venait d'emporter la mise, et décida de se retirer afin de ne pas écoeurer son entourage, lorsqu'un des préposés à la surveillance du camp fit irruption dans la pièce. Le vent pénétra instantanément dans la petite salle et envoya valser les dés et les cartes un peu partout.
<< Rhaaa j'avais une main du feu de dieu! Espèce d'incapable!
- Ferme-la Koern. On ne te croit pas une seule seconde. Qu'est ce qui t'amène ici, mon petit Brennac?
- Pardonnez mon intrusion, mais les gars ont découvert cet homme aux abords du mur. Il prétend vous chercher. >>
Brennac s'écarta et fit entrer un homme maigre et osseux, dont la singularité n'échappait à personne. A commencer par son regard, qui mettait chacun mal à l'aise. Dans de profondes orbites noires brillaient deux yeux étranges. Les iris, dorés près de la pupille, viraient en un dégradé presque imperceptible du marron au rouge. Les veines saillaient de son crâne, à la peau incroyablement fine, et sa bouche tordue en un rictus malsain laissait apparaître des dents d'un blanc surprenant tranchant avec le reste de son apparence quasi-cadavérique.
<< Je peux savoir ce que vous faites ici, et comment vous avez trouvé cet endroit? >> demanda Karell. L'étranger, engoncé dans une tunique cousue de fils de chanvre, demeurait impassible. << Tu n'as donc pas de langue? >> Une pause. << Très bien, emmenez-le dans la cachette et gardez-le à l'œil. S'il me demande, appelez-moi. Dans tous les autres cas, ne lui adressez pas la parole sans mon autorisation. >> Les hommes, si tant est qu'on puisse les nommer ainsi au vu de leurs difformités, emmenèrent l'intrus à l'endroit prévu, une sorte de minuscule cabanon hermétique pourvu de fers et placé en plein centre du camp.
Karell et Koern, restés seuls, s'entretenaient à propos de ce visiteur impromptu.
<< Je ne suis pas tranquille. Cette tempête, cet homme bizarre, le fait qu'il nous ait trouvé, et ces rêves que je fais…il se passe quelque chose.
- On verra bien, mon petit pote, mais c'est clair que ce type m'a fait une fichue mauvaise impression. En attendant il se fait tard, tu devrais dormir un peu. T'as une tête de déterré!
- Sans doute. Bonne soirée à toi, Koernie.
- A demain mon vieux. >>
Alors que Karell entrait dans la pièce voisine pour s'y ressourcer, son ami bût une dernière lampée d'un breuvage élaboré par ses soins - donc infect d'après l'avis de tous - puis se frotta la nuque et la crête avant de se retirer dans sa propre bicoque, à l'autre bout de ce village artificiel. La tempête se calmait, mais les soleils ne cessaient pas de dispenser une chaleur écrasante. Dans leur configuration actuelle, c'est-à-dire à leur zénith, il était conseillé de ne pas trop traîner sous leur joug. Il s'agissait donc du moment rêvé pour dormir. Certains n'y parvenaient cependant pas.


La voix tonitruante et l'exubérance de son frère eurent tôt fait d'exaspérer l'Inspirateur, alors même qu'il n'avait pas encore paru sur le seuil.
<< Où se cache donc ce frère de mon cœur qui a su se bâtir un empire si prospère et qui n'a même pas songé à en faire profiter son aîné? Petit, petit, petit…Ah! Te voici. Que tu as changé! Un homme d'âge mûr, assurément. Notre défunte mère serait fière de savoir où la route pavée d'or que tu t'es tracée t'as menée. Dans mes bras!
- Jamais tu ne te fatigues à t'écouter parler? Je constate que tu n'as pas changé de ce côté là, répliqua Orn-Irek en l'embrassant succintement.
- Ne me dis pas que tu m'as déjà assez vu, je le prendrai mal. La dernière fois que l'on a été réunis, nous étions encore tous jeunes hommes. Et pour je ne sais quelle raison, tu m'as tourné le dos et tu as vécu ta vie. Ta grande vie devrais-je ajouter.
- Tu veux peut-être que je te rafraîchisse la mémoire? Tu m'as volé, dépouillé jusqu'au dernier cartet juste pour assouvir tes envies de paris, de jeux, et de femmes, alors que tu prétextais te trouver dans le besoin le plus urgent. Ensuite c'est toi qui a pris le large, me laissant me débrouiller seul. Et ça m'a réussi davantage qu'à toi visiblement.
- Allons, allons. Oublions toutes ces vieilles rancoeurs qui n'aboutissent à rien. Je ne viens pas seulement en tant que frère, mais en tant qu'ami.
- Ça sera à moi d'en juger. Annonce-moi plutôt le but de ta visite, car je sais qu'il y'en a forcément un. >>
Le visage pâle de Lyoj-Irek s'éclaira d'un seul coup. Il tourna autour du prince tout en repoussant les longues mèches blondes qui retombaient sur ses yeux, d'un noir de jais. Il feignit maladroitement un air innocent.
<< Venir te voir à dessein, moi? C'est mal me connaître. >> Il partit d'un rire franc qui ne rassura pas du tout son interlocuteur. << Mais puisque tu en parles, j'ai peut-être une ou deux petites choses à te demander, en effet.
- Je m'en doutais bien. Je t'écoute.
- Tout se sait, même au-delà du fleuve Thérovère. Aussi ai-je appris quelques petites choses sur toi. J'irai droit au but. J'ai une requête à formuler, et il est dans ton intérêt de l'accepter. >>
Orn-Irek perdait contenance au fil des secondes. Il était certain que ce qu'il allait entendre allait fortement lui déplaire.


La toute puissance ou la mort. L'extinction d'une, ou de toute vie. Le ciel est clair sur ce point: ton existence est une clé. Le flot des évènements te mènera à la Folie, inéluctablement. Ça a commencé, Karell. Elle t'appelle de tous ses vœux. Maintenant, réveille-toi!
Karell s'assit sur son séant, couvert de sueur. Ces yeux…il comprenait. Ce cauchemar était le plus virulent qu'il ait subi à ce jour, et ce n'était pas anodin. Il lui apparaissait limpide que le moment de trouver des réponses approchait.
La porte du cabanon vola en éclats. L'étranger, qui arborait un sourire carnassier, reconnût sans peine la silhouette qui se dessinait sur fond de soleil agressif.
<< Tu as assez cuit là-dedans! Tu as intérêt à très vite me dire ce que tu sais. C'est toi qui provoque mes cauchemars, hein? Parle! >>
L'homme enchaîné articula ses premiers mots de manière quasi-inaudible. << J'entends rien. Comment te nomme-tu et qu'est-ce que tu veux?
- Serath. C'est mon nom. Quant à ce que je veux, cela importe peu.
- Ah oui? Je peux te dire que ça importe beaucoup pour moi, et tu vas vite le comprendre, quoiqu'il t'en coûte. >>
L'homme décharné du nom de Serath souriait à présent de manière démesurée, malgré la lame que le difforme venait de glisser sous sa gorge. Tout allait pour le mieux. On y arrivait.
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